blue and black audio mixer

Mixage audio #1 : Les fondamentaux de l’égalisation

  1. Avant propos : quelques rappels et bases introductives…

Si vous n’avez pas encore lu l’article suivant qui tente d’expliquer comment se compose un son, je vous invite à y aller et revenir sur cette page, cela peut aider à la compréhension de ce qui suit.

Ca y est? vous êtes revenu?

Donc pour la faire très rapide, quand vous jouez une note sur votre instrument préféré, un Do par exemple, cette note émet un son qui lui-même comporte une fondamentale (fréquence qu’on entend le plus dans le son) et des harmoniques (notes consonantes à différents intervalles superposées à la fondamentale).

Chaque instrument possède sa propre tessiture et permet d’émettre des sons dans le spectre fréquentiel. Ce que l’on peut en déduire donc, c’est que chaque instrument aura sa place dans le grand puzzle du son, et en avant première je vous révèle un secret de polichinelle : l’égalisation aide grandement à ordonner ce gloubiboulga sonore.

Le spectre fréquentiel, c’est grosso modo une échelle qui permet de se représenter toutes les fréquences qui sont mesurées en Hertz (Hz). Et rappelez-vous que l’être humain normalement constitué n’entend potentiellement que les fréquences entre 20Hz et 20 000 Hz (bon ok, ça dépend des gens, mais je ne veux pas rentrer dans le débat stérile du « t’es sourd ou quoi »!)

Fréquences, hertz, spectre, fondamentales, harmoniques, c’est un peu dur de la feuille à comprendre, je vous l’accorde et ça peut faire peur… Mais prenez une grande respiration, écoutez les sons qui vous entourent, ayez conscience de votre environnement laissez vous bercer par vos sensations…bon ok je dérive un peu en mode cours de Yoga là….

Tout ça pour vous dire qu’en prenant le soin de lire et relire calmement cet article, la compréhension viendra d’elle même.

Rentrons un peu plus dans le vif du sujet et regardons ce fameux spectre fréquentiel.

Il est globalement admis qu’on peut distinguer trois grandes plages de fréquences dans chacune desquelles il y aura des éléments sonores intéressants :

#1 Les graves: On peut diviser les graves en deux sous catégories :

  • Les très Graves (souvent appelé sub-bass) en dessous de 50Hz, mais peu de personnes entendent ces fréquences;
  • Les Graves (entre 50 et environ 250 Hz) qui contiennent généralement la grosse caisse, la basse, le punch de la caisse claire et une partie des voix masculines. Zone importante donc dans laquelle l’égalisation va avoir un vrai intérêt si vous mixez une section rythmique. Il faudra laisser de la place à chacun des éléments. A noter que dans les graves, la plage 100-250 est une plage dans laquelle on retrouve du monde et dans laquelle il faudra avoir une grande vigilance.

#2 Les Mediums : ces derniers se divisent en 3 :

  • Les bas-mediums entre 250 et environ 600-700 Hz : Si vous l’isolez et l’écoutez en solo, vous allez entendre un son « muddy », « boueux », un peu opaque car trop chargé. C’est ici aussi que vous entendrez des sons de batterie « cartonneux », des caisses claires qui font « Chpok » et pas « Paaf ». Bref vous l’aurez compris cette bande de fréquence doit souvent retenir votre attention pour améliorer votre mixage. Elle est à traiter également avec les graves car entre 100 et 500 on va retrouver 99% des fondamentales des instruments. Il y a du monde donc !!!
  • Les mediums entre 6-700 et 2000 Hz : zone qui en général plaît assez à l’oreille humaine, on y retrouve de nombreux instruments. En général pour le Saxo, la zone autour des 1400-1500Hz fait ressortir le corps de l’instrument.
  • Les hauts-medium : zone entre 2000 et 6000 Hz, également à risque car perçue par l’oreille comme très agressive. attention à cette plage de fréquences donc. S’il y a trop de volume sur cette zone, l’oreille de l’auditeur va vite fatiguer et votre titre sera mal perçu en dépit de sa qualité technique.

#3 Les Aigus : plus on se rapproche des 20 000Hz moins on entend (limite humaine). Cette plage de fréquences qui se situe entre 6000 et 20 000Hz n’est toute fois pas à négliger car elle apporte de « l’air » aux sons et aux mixages. C’est dans cette zone par exemple que vous entendrez la subtile vibration de l’anche de saxophone qui donne du caractère à ce magnifique instrument, on y retrouve aussi la friture des guitares électriques et la définition des voix.

Ok! Maintenant que vous êtes familiers (ou presque) avec les subtilités de base du spectre fréquentiel, vous allez pouvoir comprendre ce qu’est l’égalisation et à quoi elle peut servir.

NB: A ne pas confondre avec Légalisation, qui fait appel à d’autres concepts totalement différents d’un point de vue juridico-administro-sociéto-jamaïcain.. Mince je m’égare encore…

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Qu’est-ce que l’égalisation ?

Mon petit Larousse me dit : « Rendre des choses égales sur le plan quantitatif, sur celui des dimensions » ou bien « Rendre des choses égales en valeur, équilibrer » ou enfin « Rendre unis un sol, une surface, les aplanir ; niveler ».

En audio numérique ou MAO pour les branchouilles que vous êtes , et bien ces trois définitions cumulées pourraient convenir. En effet, l’égalisation est une technique de traitement audio visant à équilibrer, niveler, rendre les choses égales ou du moins cohérentes, ensembles d’un point de vue sonore.

De là, à quoi sert l’égalisation ? Cette technique, et les outils associés, visent pour objectif de « sculpter » un son, d’arbitrer et de mettre en valeur les différentes fréquences significatives d’un ensemble de son, c’est un peu comme un puzzle sonore : L’égalisation permet que chaque son, chaque instrument, trouve bien sa place dans un ensemble plus large.

Egaliser un son, c’est donc modérer ou arbitrer les fréquences afin que tout le monde soit audible.

Ça vous donne du coup la possibilité de sculpter l’espace fréquentiel comme vous le souhaitez de façon à obtenir le mix idéal. Dit autrement, l’EQ est vraiment l’atout indispensable d’un bon mix.

Pour cela, il y a des outils et des méthodes que j’aborderai rapidement plus bas, mais déjà, voici un Tableau récapitulatif des fréquences par instrument qui vous aidera certainement dans vos futurs mixages. (nous sommes ici sur un blog de saxophonistes, donc regardez vers le milieu du tableau 😉 )

NB : Infographie trouvée sur https://blog.landr.com


  1. Les outils de l’égalisation

C’est l’outil qui permet de faire de l’égalisation. Les EQ existent de manière physique (hardware) ou virtuelle (Software).

Vous êtes déjà allé à un concert et vous vous êtes déjà extasiés sur la table de mixage de 64 pistes de l’ingé son ? Vous avez donc déjà vu des égaliser de piste, mais il en existe plein en dehors des tables de mixages.

Ce blog étant plutôt consulté par des « homestudistes »), je vous parlerai donc plus des EQ virtuels, ou Plugin qui sont en fait pour la plupart des émulations d’EQ physiques de référence.

Mais pour vous donner une définition générique, on pourrait dire qu’un égaliser est un appareil ou logiciel de traitement du son. Il permet de filtrer ou d’amplifier différentes bandes de fréquences composant un signal audio.

Selon ce que vous voulez faire, vous pourrez utiliser différents types d’EQ :

L’ÉGALISEUR GRAPHIQUE

C’est certainement l’égaliseur le plus connu de tous, car toutes les chaines Hi-Fi en possèdent un, qu’il soit analogique ou numérique. Votre application de musique préférée (sur smartphone ou ordinateur) en propose un également. Il est facile d’approche car instinctif et comme son nom l’indique… graphique !

Un égaliseur graphique 30 bandes stéréo

Les égaliseurs graphiques permettent d’augmenter ou atténuer une gamme de fréquences fixes à l’aide d’une rangée de curseurs. Ils peuvent parfois avoir plus de 30 curseurs, pour une précision élevée sur l’ensemble du spectre.

L’ÉGALISEUR SEMI-PARAMÉTRIQUE

Il s’agit simplement d’un égaliseur paramétrique avec moins de paramètres. Souvent le facteur de largeur Q a une valeur prédéterminée, on ne peut ajuster que le gain et la fréquence de chaque bande. Ils ne sont donc pas aussi flexibles que les égaliseurs paramétriques, toutefois leurs facteurs Q prédéterminés en font d’excellents outils pour augmenter ou atténuer de larges plages de fréquences : ils sont parfaits pour des ajustements tonaux.

Les égaliseurs semi-paramétriques matériels sont souvent dépourvus d’écran de contrôle. Ce sont ces égaliseurs que l’on retrouve généralement sur les tranches des petites consoles ou petites tables de mixage.

Ces EQ fonctionnement très bien pour des corrections « globales »

L’ÉGALISEUR PARAMÉTRIQUE

C’est l’une des alternatives à l’égaliseur graphique et il va plus loin que le semi-paramétrique. Au lieu d’avoir des bandes agissant sur des fréquences prédéfinies, il est possible de choisir la fréquence centrale et l’étendue de l’influence de chacun des paramètres. C’est le type d’égaliseur le plus répandu dans la production musicale, et le plus polyvalent, mais aussi plus complexe à dompter. Néanmoins, il est très intéressant pour des frappes chirurgicales et des corrections très précises.

Voici les paramètres fréquemment ajustables sur un égaliseur paramétrique.
Fréquence : détermine la fréquence centrale de chaque plage, ou le point de coupure pour les filtres coupe-haut et coupe-bas. Bouton « FREQ » de chacune des bandes de couleurs ci-dessus (Rouge, Orange etc…)

Q (quality factor) : détermine la largeur de la plage sélectionnée, plus la valeur Q est élevée plus la largeur de la plage de fréquences est faible et inversement, plus le Q est faible, plus la largeur des fréquences traitées est importante. Bouton « Q » ci-dessus.

Gain : détermine le niveau d’une plage de fréquences. C’est la « quantité » de correction que l’on veut appliquer à la fréquence choisie : pour faire simple, augmenter le gain booste la fréquence sélectionner, diminuer le gain l’atténue (c’est un peu comme un bouton de volume…)

D’autres types d’EQ existent (dynamiques, Plateau etc) mais nous n’en parlerons pas ici.

Trois grandes catégories de filtres sont utilisés en général.

#1 Le filtre passe-haut/passe-bas :

Passe-haut ou High pass ou Low cut : permet de couper progressivement le signal à partir d’une fréquence définie :

Et son inverse le passe-bas ou Low pass ou High cut :

#2 Le filtre en plateau ou Shelf

Le filtre low shelf fonctionne de la façon suivante : à partir de la fréquence de coupure sélectionnée, on amplifie ou on atténue le signal jusqu’à un niveau donné.

Ce “niveau donné” correspond tout simplement au réglage de gain qui aura été sélectionné.

Par exemple, si vous avez un filtre high shelf de +6 dB à 3000 Hz, cela veut dire grosso modo qu’à partir de 3000 Hz vous allez commencer à appliquer une amplification jusqu’à atteindre un plateau à +6 dB.

Le schéma ci-dessous permet de bien comprendre tout ça :

Filtre EQ high shelf
Un filtre high shelf

A l’opposé, pour appliquer le même type de traitement mais sur les basses, il existe le filtre low shelf qui fonctionne de la même façon mais permet d’affecter les fréquences situées en-dessous de la fréquence de coupure sélectionnée :

Filtre EQ low shelf
Un filtre low shelf

Typiquement, ce genre de courbes d’égalisation est utile :

  • pour effectuer des corrections larges, mais moins drastiques qu’avec les filtres passe-haut et passe-bas ;
  • ou pour soulever certaines bandes de fréquences de façon musicale.

#3 Les filtres en cloche

Enfin, il y a ce qu’on appelle le filtre en cloche ou bell filter.

Sans doute le plus connu, ou du moins le plus utilisé par les débutants.

Tout simplement, le filtre en cloche permet d’amplifier ou couper les fréquences d’un signal de façon symétrique vis à vis d’une fréquence donnée :

Filtre EQ en cloche ou bell filter
Un filtre en cloche

Par ailleurs, en fonction du facteur Q sélectionné, la bande de fréquence affectée par le filtre EQ sera plus ou moins resserrée autour de la fréquence choisie.

Ce type de filtre est idéal pour effectuer des corrections localisées ou pour amplifier certaines fréquences de manières larges.


Ca chauffe un peu dans votre tête ? ……. C’est bien normal car si vous débutez en MAO, ces concepts sont un peu techniques… Mais rien de tel que l’apprentissage par la pratique !

Exercez-vous patiemment et rapidement vous allez saisir l’intérêt de ces techniques !!

Allez, je ne peux pas vous laisser comme ça… Alors voici une petite vidéo d’illustration de l’utilisation d’un EQ paramétrique et des différents filtres et paramètres qu’il contient pour sculpter le son comme on souhaite l’entendre… (Désolé pour la qualité du son de cet enregistrement, je débute en enregistrement d’écrans…).

pour un meilleur confort d’écoute, je vous suggère d’écouter cela avec un casque, afin de mieux entendre les différents effets des filtres.

Bon je m’arrête là pour cet article, nous pourrions y passer des heures et des heures, mais j’imagine que le contenu est déjà assez dense pour une première approche…

Ouvrez votre DAW ou logiciel d’enregistrement préféré, prenez un morceau au hasard, ou une piste sonore quelconque, ajoutez un EQ paramétrique (tous les DAWs en proposent de manière native) et testez ces différentes choses :

Choisissez un filtre, lancez la lecture et faites bouger la fréquence : vous allez immédiatement entendre l’effet du filtre. Faites bouger le Q et le gain sur une fréquence donnée. Vous entendez ?

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou poser des questions si quelque chose vous échappe !