Mixage Audio #3 : Comprendre La réverbération du son

Vous êtes musicien, vous vous enregistrez un peu de temps en temps mais vous êtes débutant(e) en MAO ? Vous avez certainement déjà mis « à balles » des plugin de réverbe sur vos pistes d’enregistrement. Avec plus ou moins de succès, vous vous être retrouvé(e) soit dans le stade de Wembley, soit dans une cathédrale, soit dans une cage d’escalier etc… Ce que je veux dire, c’est que très souvent, l’effet est immédiat et parfaitement audible quand on ajoute une réverbe. En revanche, cela n’est pas toujours très adapté si on ne fait pas quelques réglages pour rendre l’effet plus « naturel »…

Tout le monde le fait. Je crois que c’est un passage obligé pour tout MAO-iste en herbe. Pourquoi ce reflexe quasi systématique de coller un plugin de réverbe en insert de nos pistes d’enregistrement ? Tout simplement, cela vient du fait que la réverbération du son est un phénomène naturel, et qu’il nous manque quand on réécoute sa meilleure prise captée à la maison en close micking !

En effet, faites le test dans votre environnement, dans différents lieux, intérieur, extérieur etc… La réverbération est partout ! Et en général, pour le home studiste de base, les enregistrements sont faits en « close micking » (position de la source très proche du micro), ce qui enlève toute réverbération de la pièce dans laquelle vous enregistrez : votre micro ne capte que le son de l’instrument enregistré. A l’écoute de cette piste, elle semble donc plate, sans vie, sèche.. Il manque donc toute la partie de « résonnance » qui accompagne TOUJOURS un son qui est émis dans n’importe quel espace.

Voilà, vous avez désormais compris pourquoi vous avez cette envie irréfragable de mettre tout de suite de la réverbe sur vos pistes ! C’est tout bête, mais il fallait juste vous en faire prendre conscience ! On dit merci qui ?? Merci Saxtunes ! lol

Bon, il y a une autre raison souvent utilisée, qui est que mettre une grosse réverbe bien longue cache un peu les erreurs de jeu de l’instrumentiste en les fondant dans un gloubiboulga sonore qui fait l’artifice, mais je sais très bien que les lecteurs(trices) assidus de ce blog ne sont pas concernés 😉

Bref, maintenant, ce qui peut être intéressant, c’est de comprendre un peu mieux comment fonctionne la réverbération du son et ainsi avoir quelques billes pour mieux régler vos plugins… C’est ce que je vous propose d’aborder plus bas et de vous partager.

Attention, c’est un peu théorique, mais si vous lisez attentivement et que vous en retenez la moitié, vous pourrez vous faire mousser lors de votre prochaine soirée en parlant de champ diffus, de réflexion précoce, de réponse impulsionnelle etc…

Echo Vs Réverbération

Avant d’aller plus loin, il est important de savoir différencier ces deux notions. 

Considérons qu’un son est émis dans un local, quel qu’il soit. Je tape dans les mains à l’intérieur d’une pièce, par exemple. Le son qui me parvient en premier s’appelle le son direct : le trajet le plus court entre mes mains et mon oreille. A ce stade, la salle n’a pas d’influence sur le son que je perçois. Mais il peut se passer d’autres phénomènes acoustiques : 

L’echo : 

On va considérer une seule paroi, je tape dans mes mains, à 17 m de la paroi. Le son va parcourir 34m avant de revenir. Le son se propage jusqu’à la paroi, rebondi et me revient.

Le son direct me parvient instantanément instantanément ici car entre mes mains et mes oreilles il y a peu de distance. 

Mais en prenant en compte la vitesse de déplacement du son dans l’air (340m/s), Il faudra 1 dixième de seconde pour que le son revienne de la paroi. Je pourrai ici percevoir deux sons en décalé. Le son direct et la réflexion de manière distincte. Plus la distance entre la paroi et moi est importante, plus l’écho va être long, c’est-à-dire, plus l’écho mettra du temps à être entendu.

Je suis certain que vous en avez tous déjà fait l’expérience à la montagne par exemple. Qui n’a pas crié à s’en déchirer les cordes vocales : « EEEEEECCHHHHHoOOOOOOOoooOOOO » pour entendre la montagne nous répondre quelques centièmes de secondes plus tard?

La réverbération : 

Le son semble ici plutôt prolongé et non répété. Il y a un sentiment de traînée du son et non pas d’impulsion distincte du son direct. Ici, je tape dans mes mains et les réflexions vont m’arriver plus rapidement, mais de tous les murs, elles vont se fusionner, se densifier et vont m’envelopper de manière plus diffuse. 

Il est important de préciser ces deux notions car ce sont deux effets acoustiques bien différents et à utiliser pour des besoins spécifiques… Selon la couleur à donner à la production musicale, le style de musique etc…

Rencontre du troisième type…

Vous commencez à l’entrevoir, la réverbération se produit lorsqu’un son rencontre une ou des parois. Il est ainsi réfléchi et revient à l’oreille de l’auditeur. Les réflexions sont très nombreuses, et on peut les entendre parfois longuement, selon la puissance du son direct, le nombre de parois, la taille de la pièce etc…

Mais concrètement que se passe-t-il?

Quand un son rencontre une paroi, il va se passer 3 choses : une partie de l’énergie sonore émise va être absorbée par la paroi rencontrée, une autre partie va être transmise de l’autre côté et la dernière sera réfléchie dans la pièce.

Ce qui va nous intéresser donc ici, sera particulièrement la partie réflexion :

L’onde sonore va heurter le mur, sera ré-émanée par le mur et va rester à l’intérieur de la pièce. Donc vous l’avez compris, elle va à nouveau heurter des parois, être réfléchie à nouveau etc… Mais comme une partie est absorbée et transmise à chaque rencontre, cette énergie va diminuer au fur et à mesure jusqu’à s’éteindre. Le temps de réverbération ne sera donc pas infini et la réverbération s’entendra dans un temps imparti qui dépendra fortement de la taille de la pièce et des matériaux constituant les parois de cette dernière. 
Dès lors, et pour véritablement décomposer ce phénomène acoustique naturel, il convient donc de se pencher un peu sur ce qui se passe au moment de la réflexion du son sur une paroi.

Pour cela, je dois en quelques mots vous parler de ce qu’on appelle en acoustique la « réponse impulsionnelle ».

Je suis bien évidement conscient que tout cela est très théorique et barbant. Moi le premier quand j’ai voulu m’y intéresser je n’y saisissais vraiment rien du tout!

Mais accrochez vous un peu , promis je ne vous donne encore que deux-trois concepts pour me la péter et après, vous pourrez jouer du potard à foison sur vos plugin, mais en connaissance de cause, ce qui devrait vous être utile pour régler vos réverbes…

La réponse impulsionnelle est un terme un peu pompeux pour qualifier ce qui se passe quand un bruit sec est émis dans une pièce, comme un claquement de mains par exemple.

Trois choses précisément sont audibles :

  • Le son direct : c’est le son qui arrive directement dans vos oreilles
  • Les réflexions précoces : ce sont les premières réflexions qui arrivent à vos oreilles jusqu’à 100ms après l’émission du son. Selon la pièce et sa position dans cette dernière, elles seront bien différentes.
  • Le champ diffus : c’est la « queue » de la réverbe. C’est la résonnance des réflexions multiples qui rencontrent les parois de la pièce. C’est globalement cela qui donne ce sentiment d’espace, de profondeur d’une réverbe.

Je vous promets, j’ai fait très court sur la théorie acoustique… Mais ces bases étaient absolument nécessaires à connaitre.

Pour être bien concret, maintenant, essayons de parler plugin de réverberation … et mettons les doigts ou les souris sur les potards…

En pratique : utiliser un plugin de réverbe dans votre DAW

Bon, je suis désolé par avance, mais je ne vais pas ici avoir de recette miracle à vous proposer… En effet, il existe autant de plugin de réverb que d’EQ ou de compresseurs sur le marché. Certains sont gratuits, d’autres payants, qualitatifs ou pas, faciles d’utilisation ou pas…

Mais pour ne pas vous laisser avec votre frustration et mes explications théoriques fumeuses ci-dessus, je vais m’efforcer de faire le lien avec l’illustration du plugin TrueVerb de la maison Waves Audio dont je vous propose une capture d’écran.

Ce que je peux vous dire par contre, c’est que quoi qu’il en soit, l’utilisation d’un plugin de réverbe sert à simuler un espace sonore. En gros, utiliser tel ou tel preset vous permettra de simuler le son rendu par une cathédrale, un cinéma, un parking, une salle de concert, un studio d’enregistrement etc…

Et pour créer cette simulation, les plugin de reverbe utilisent les concept acoustiques évoqués plus haut dans cet article, modélisés par différents paramètres à régler en fonction de la couleur que l’on souhaite obtenir.

Vous remarquerez aisément qu’il y a BEAUCOUP de boutons et de paramètres… Et c’est là que ça se complique si on ne sait pas à quoi correspond tel ou tel potard.

Régler les volumes des composantes de la réponse impulsionnelle

Commençons par en bas à droite de l’image : Vous avez 3 faders de volume. C’est ici que vous pourrez régler et ajuster le volume des 3 composantes de la réponse impulsionnelle dont je vous parlais plus haut : vous pourrez jouer sur le volume entre le son direct (son émis « brut » ou « dry » par votre source sonore), celui des réflexions précoces (early Ref) et celui du champ diffus (Reverb).

Un bon exercice pour forger votre oreille pourrait consister à ne faire jouer ces fader que un par un pour écouter individuellement l’effet restitué. Chargez un preset au hasard et prenez quelques minutes pour tester cela.

En général, plus on entend le son direct, plus on se sent proche de la source sonore (premier rang d’une salle de spectacle par exemple).

Pour parler des réflexions précoces, plus elles sont longues à arriver, plus la pièce nous semble grande. Plus elles sont fortes, plus on se sent proche des murs de la pièce simulée.

Enfin, plus le champ diffus est fort, plus on a l’impression d’être loin de la source, presque à n’entendre que les résonnances mais sans plus trop distinguer les différents élément (d’où le terme diffus 😉 ).

Réglage du DAMPING

Ensuite, vous pourrez trouver dans la plupart des plugin un endroit pour régler le « damping ». Vous vous souvenez tout à l’heure, quand je vous parlais d’absorption ? Et bien nous y voilà. Avec ce réglage, vous allez pouvoir jouer sur la couleur de votre réverbe en choisissant « d’absorber » plus ou moins les graves, les aigus, les médiums etc… Petit tips ici, si vous voulez un rendu naturel, rappelez vous que dans la nature, les aigus sont très peu présents dans la réverbération.

Dans le plugin TrueVerb, ces réglages se font en ajustant les courbes de filtre de l’espace « frequency response ».
C’est une sorte d’égaliseur qui vous permet de choisir d’appliquer un filtre lowcut (ER low cut) /highcut ou filtre en plateau (Rev Shelf).

Là encore, tester, expérimenter est une bonne manière de se rendre compte des impacts de ces réglages.

Temps de réponse et taille de pièce

Maintenant, beaucoup de plugin vous offriront la possibilité de régler les temps de réponse. Dans TrueVerb c’est le graphique du haut « Time response ».

Les barres verticales orange représente les différentes réflexions précoces. La grande barre verticale en Jaune représente la distance entre votre oreille et les parois de la pièce simulée (en gros, votre position dans la salle) et la grande barre bleu ciel représente la taille de la pièce.

Jouez avec ces réglages pour écouter les différences encore une fois !

Enfin, en haut à droite, la partie violette représente le temps de réverbération, la forme du champ diffus qui suit les réflexions précoces. C’est ici que vous pourrez finement régler le volume du champ diffus (balance), le temps de réverbération (decay time), mais également le predelay.

Petit mot sur le predelay, plus il est important, plus on a l’impression de se rapprocher de la source sonore. Arme redoutable pour avancer un élément dans un mix, par exemple une voix ou un instrument soliste.

Conclusion

J’espère ne pas vous avoir perdu(e)s dans les méandre de l’acoustique… Je sais bien que tout un chacun aimerait appuyer sur un bouton magique afin d’avoir le son tant espéré appliqué à sa production musicale du moment, mais je me dois d’être réaliste et de vous dire la vérité… Rien n’est simple dès lors qu’on parle de réverbération du son car vous l’avez compris, l’utilisation de plugin de réverb ne fait que reproduire artificiellement les caractéristiques sonores naturelles d’un type d’environnement. Et la nature est complèxe… belle, mais complexe… La dompter et l’apprivoiser est un chantier perpétuel et de très long terme…

Néanmoins, ce qu’il faut noter, c’est que les différents présets de reverb inclus dans vos plugin sont la plupart du temps très bien configurés et assez réalistes, mais pour ne pas sonner « comme les autres » et mettre sa propre patte, reproduire plus précisément le son imaginé dans la vision de son mix, connaître les différentes caractéristiques acoustiques du son est nécessaire.

Vous avez vos premières bases ici, maintenant, à vous de jouer ! Testez, expérimentez, essayez, jouez avec tout ces nouveaux concepts pour mieux les comprendre et vous les approprier !

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