L’improvisation, c’est souvent le Graal des musiciens appréciant le jazz, le funk, la soul, les musiques électroniques etc… En effet, quel musicien n’a jamais rêvé de jouer en ayant une certaine liberté, en se détachant de la partition? Quel musicien n’a jamais souhaité exprimer ses idées au travers de phrases musicales personnelles ? En gros quel musicien n’a jamais ambitionné de jouer avec ses trippes et ses oreilles plutôt que son cerveau?
Globalement je pense que la grande majorité d’entre nous pourra se reconnaître dans ces rêves… Mais parfois le passage à l’acte est difficile. Souvent, on ne se sent pas capables. On se décourage vite en se disant : « non ce n’est pas pour moi » ou « je n’y arriverai jamais « .
Ce fameux Graal musical nous semble alors être une montagne à gravir, un sommet de plus de 8K mètres infranchissable.
Si vous êtes jeunes, ou que vous avez des ados à la maison, ou que vous vous intéressez à youtube, prenez exemple sur le célébrissime Youtuber « Inoxtag ». Il s’est surpassé avec son défi « Everest » !
C’est ça qui est génial en musique. Chaque sujet, chaque concept, chaque nouvel objectif devient un nouveau terrain de jeu. Cela permet d’approfondir et d’enrichir sa palette. Et pas besoin non plus de faire une préparation sportive intensive. Il n’y a aucun risque pour sa vie. Il y a juste le risque d’être meilleur et de se faire plus plaisir.
Par contre, les choses ne viennent pas en un jour. Il faut avancer en utilisant une bonne méthode. Soyez patient, résilient, et optimiste. Ne jamais lâcher ni reculer devant la difficulté.

Selon moi, la voie la plus facile et la plus rapide pour aborder l’improvisation, réside dans l’utilisation des gammes pentatoniques. Ces gammes sont en effet assez simples (elles ne contiennent que 5 notes) et elles sont tellement utilisées en Jazz, Blues, Pop, Rock, funk… que leur sonorité va de suite vous parler.
Si vous êtes lecteur(trice) assidu(e) de ce blog, vous avez déjà lu mes articles sur ces gammes. Ils vous expliquent comment construire les principales gammes pentatoniques. Sinon, voici les liens pour découvrir ces billets et revenir ici ensuite pour la suite 😉
Ma méthodologie pour apprendre à improviser sur les gammes pentatoniques : 4 étapes simples et structurées. Elles vous aideront à vous améliorer drastiquement !
Etape 1 : Travailler les gammes pentatoniques :
Comme je le répète souvent, en musique, il n’y a pas tant de secrets que ça…
La répétition, la patience et la persévérance finit toujours par payer.
Comme à mon habitude donc, mon premier conseil, est le suivant :
Si vous voulez improviser en utilisant les gammes pentatoniques, il va falloir les travailler. Il va falloir vous les mettre dans les doigts. Il vous faudra les travailler tellement qu’elles deviendront instinctives.
Comment les travailler?
Il vous faudra les travailler en partant de chacun des degrés. Pour Ré mineur pentatonique par exemple, vous travaillerez la gamme en partant du premier degré pentatonique (Ré), puis du deuxième (Fa), puis du troisième (Sol), puis du quatrième (La) et puis du cinquième degré pentatonique (Do)

Et pour que ce travail soit efficace, il vous faudra les travailler en utilisant des articulations différentes.
Je conseille au moins de travailler chaque degré 5 fois avec 5 articulations différentes.
L’objectif ici est que vous intégriez ces gammes et que vous soyez capables de jouer n’importe quelle pentatonique en montant et en descendant, depuis n’importe quel degré.
Etape 2 : Travailler des patterns :
Pour intégrer cette gamme et la ressortir instinctivement dans des phrases musicales et mélodiques, il vous faudra des « expressions » « des mots musicaux ». Il faut la travailler cette gamme dans tous les sens, plus uniquement avec des notes conjointes.
L’arme ultime se sont des patterns. Les patterns, ce sont des schémas type de jeu , des formes ou motifs qui se répètent. Il en existe de nombreuses possibilités, par exemple ici en voici quelques uns, toujours sur Ré mineur pentatonique : (à travailler en montant et en descendant, dans toutes les tonalités)

C’est fastidieux, c’est vrai, pas très intéressant à jouer hors contexte de jam ou d’une backing track, mais le jeu en vaut la chandelle, faites moi confiance !

Pour comprendre l’intérêt de ce travail, faites un parallèle avec les grands discours.
Les meilleurs orateurs ont beaucoup de vocabulaire. Ils développent leurs idées. Ils utilisent de nombreux mots, un réservoir riche de mots et d’expressions.
Ils assemblent tout ça pour créer des phrases percutantes, un peu comme des « punchlines ».
En musique, c’est pareil :
Plus vous aurez un réservoirs de notes riche, plus vous pourrez avoir des phrases en stock à assembler entre elles, plus vous aurez des choses à dire avec votre instrument. Grâce à cela, vous pourrez développer des solos percutants, riches et variés.
Etape 3 : Maintenant il faut se lancer et improviser !
Si vous en êtes arrivés ici, c’est que vous avez littéralement poncé votre instrument à en faire des cauchemars.
Il est temps d’exorciser tout ça et de jouer ces pentatoniques à votre façon.
L’idée est de la jouer, sans musique de fond, sans métronome, rien que vous, votre instrument et votre gamme pentatonique.
Grâce à tout le travail préparatoire accompli, vous pourrez trouver vos propres phrases. Vous composerez avec les différents patterns. Surtout, vous intégrerez votre sensibilité et votre personnalité dans l’utilisation de ces schémas standards.
Très vite, vous vous entendrez jouer et improviser avec une certaine cohérence. Cela est possible car vous utiliserez votre fameux réservoir de notes, acquis au prix d’un travail long et discipliné.
L’idée ici, est de s’amuser en travaillant des phrases personnelles de manière acoustique, vraiment pour les entendre, les ressentir. Essayez, expérimentez, vous êtes seul(e) ! profitez en !
N’hésitez pas à répéter les phrases ou les bouts de phrases qui vous plairont. Un bon exercice consisterait à les écrire sur du papier à musique. Puis dans un second temps, les transposer dans toutes les tonalités.
Etape 4 : LÂCHEZ-VOUS !!!!

Bon, les gammes pentatoniques sont dans les doigts en montant et en descendant.
Vous savez aussi les jouer de manière plus “angulaire” grâce aux patterns que vous avez travaillés.
Vous avez même commencé à créer votre propre style en jouant acoustique, “a capella” sans backing track.
Maintenant il faut se lâcher un peu ! C’est le moment de travailler l’improvisation pentatonique avec un fond musical. La technique c’est bien beau, mais à trop réfléchir, on perd en créativité.
A cette étape, mettez vous une backing Track sur un accord unique pour démarrer, en boucle pour vous exercer sur la gamme que vous travaillez. Jouez avec cette gamme et l’accompagnement : mélodiquement, rythmiquement. N’ayez pas peur de laisser passer des silences.
La peur du vide nous pousse souvent à combler, mais parfois, il vaut mieux laisser passer quelque temps, et lancer une super phrase bien construite, plutôt que de jouer tout le temps des choses incohérentes.
Il faut oser, tenter, essayer, c’est comme cela que vous fonderez votre propre style.
Dernière chose qu’il me semble important pour s’améliorer en improvisation, c’est tout simple : ECOUTER, ECOUTER, ECOUTER, ECOUTER… REPRODUIRE, REPRODUIRE, REPRODUIRE…
Qui écouter? qui relever et imiter ou reproduire? Eh bien tous vos artistes préférés qui jouent de la pentatonique dans leurs chorus de manière majoritaire. Des Maceo Parker, Gerald Ablright, Dave Koz, David Sanborn… La liste et longue et plus vous vous inspirerez de ces légendes, plus vous intégrerez leurs influences et les reproduirez dans vos chorus.
Donc n’hésitez pas à inonder vos oreilles de ces artistes, cela aide vraiment pour trouver son style de s’inspirer des autres.
Conclusion :
Improviser, ce n’est pas chose facile. Nous l’avons vu plus haut… Cela demande de mobiliser de nombreuses compétences à la fois techniques saxophonistiques (doigtés, techniques, intervalles etc..), harmonique (suivre une progression d’accords), mélodique, rythmique… Mais au delà des compétences musicales, improviser demande d’aller chercher en soi de la confiance, de l’assurance, de la curiosité, de la persévérance, de la résilience, de la motivation, de la créativité…
C’est difficile, oui. Mais pas impossible ! TOUT LE MONDE en est capable ! Cela prendra plus ou moins de temps selon les personnes, mais en travaillant progressivement les 4 étapes décrites dans cet article, votre route est toute tracée. Elle sera longue et parfois vous tomberez en panne d’essence, mais vous trouverez toujours le moyen d’avancer si vous garder confiance et envie de réussir.
Bon travail, Bon Sax, et n’hésitez pas à nous partager en commentaires vos avis, vos méthodes personnelles, vos galères, vos succès….
Vous pourrez retrouver une synthèse de cet article en vidéo sur ma chaine youtube, avec quelques exemples des différents exercices que je propose.
Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir le tuto !
